Rendez-vous 11 heures, parvis de Notre-Dame. Non non pas question de prendre un café ou de flâner à Saint-Michel. Il s’agissait de dire aurevoir à l’Abbé en compagnie de centaines d’autres personnes. Un chouette moment. Malgré les circonstances.
Etre à la porte de la Cathédrale vous a tout d’abord étonnée, bleue des grandes célébrations que vous êtes. Etrange de suivre la cérémonie via écran géant, montée sur un parapet ou plutôt montées sur un parapet puisque la Louloute était là aussi, collée contre vous dans le kangourou (pour les néophytes, il n’y avait aucun animal à vos cotés, le "kangourou" est une sorte de sac à dos spécial bébé qui se porte sur le ventre, logique).
A l’intérieur de Notre-Dame, rendues omniprésentes par les écrans, des "huiles" diverses et variées, à commencer par le Jacques assis au premier rang, sur une chaise, tout seul. Vous vous êtes d’abord demandé si il était puni avant de comprendre que c’était le protocole. A l’extérieur, une palanquée de journalistes et autres blogueurs en tous genres, appareils photos, caméras de pro et mini caméras pointées vers la foule, avec le même détachement que si il s’était s’agit de filmer l’afflux de monde chez H&M au moment des soldes. Et au milieu de tout ça, entre les officiels et les chasseurs d’images, des gens, de tous les genres.
Des gens et des gens encore, stoïques malgré le froid, le cou tendu vers les écrans ou bien le menton baissé dans une attitude de recueillement, écoutant les hommes d’Eglise chercher dans les textes sacrés les justes mots pour dire aurevoir, ou bien perdus dans leurs pensées. Des pensées tournées vers cet homme tout râblé et tout chétif à la fin de sa vie mais qui pourtant avait trouvé le dynamisme de secouer nos montagnes de léthargie et de cécité sélective depuis 94 ans. Des pensées tournées vers la toute récente loi au logement opposable qu’il avait appelée – peut-être pas telle quelle – depuis de nombreuses années. Des pensées tournées vers ces images de tentes alignées sur les bords du Canal pour appeler "au secours!", comme en 54. Des pensées tournées vers tous ces gens que nous croisons tous tous les jours, réfugiés dans le métro ou sur des bouches d’aération, et que nous ne regardons même plus.
Il faisait froid ce matin, malgré quelques rayons de soleil venus donner un coup de main. Il faisait froid dans les courants d’air du parvis. Il faisait froid. Vous n’étiez pas habillée pour le froid. Parce que vous n’avez jamais froid. Que vous ne savez pas ce que c’est, ce que c’est, vraiment. Et que probablement vous ne saurez jamais. Et cette petite heure passée, indirectement, au chevet de l’Abbé, vous a permis d’en prendre conscience. Et aussi de remettre chaque chose à sa place sur l’Echelle d’Importance. Et effectivement, sur cette échelle, quand on y réfléchit bien, pas grand chose ne dépasse en fait le premier grade. Dans ce qui vous semble une montagne au quotidien, il y a beaucoup de péccadilles. Dans la foulée, vous avez dit à Louloute tout contre vous que vous l’aimez très fort, laissé un message à Darling pour dire la même chose et Babichou ce soir en a pris pour son grade aussi. Vous serez certainement taxée de mysticisme ou de montée hormonale post accouchement mais tant pis. Aurevoir l’Abbé. Et merci.
Ton post est très touchant, et effectivement il est bon de temps en temps de se recentrer et de relativiser sur les vraies priorités…