L’Inversion

Vous êtes ce week-end en "vacances d’enfant". Un peu comme il y a les vacances de la Toussaint ou les vacances de Noël. Sauf que vos vacances à vous ne sont pas tellement liées à une période mais plutôt conséquentes d’une absence. Celle des enfants. Oui, vous assumez le fait d’être ravie d’être sans eux quelques jours. Et pour être complètement franche, lorsqu’ils se sont éloignés dans la voiture de leur grand-mère, les passants dans la rue ont pu vous entendre crier : yeeeeeeaaaaaaaaaaaaaaah. Et bien sur il s’agissait d’un cri de joie. Un cri proportionnel à leur nombre. Or ils sont trois.

Vous goutez le silence que permettent les 600 kms qui vous séparent, le fait de n’avoir pas fait les courses du week-end, d’avoir mangé au restau à TOUS les repas, d’avoir glandé sous la couette…à 2 et non à 5, ce qui change beaucoup et notamment parce que les jeux que vous avez avec Darling sont heureusement un peu différents.

Vous appréciez aussi d’avoir du temps pour réfléchir, voire pour écrire. Cela fait tellement longtemps et c’est dommage disent certaines de vos amies. D’autant que vous n’avez jamais raconté l’Inversion. Un épisode rocambolesque voire romanesque si il n’y avait déjà eu tant de scénari sur ce sujet. A la différence que votre récit n’est pas une fiction. Et pourtant, vous êtes restée jusque là coite sur le sujet. Certes, vous n’avez pas eu beaucoup de doigts disponibles pour écrire puisque même Shiva a un nombre limité de bras, mais peut-être aussi n’avez vous pas eu vraiment envie de raconter cet événement. Vous n’en avez d’ailleurs toujours pas vraiment envie mais il vous semble, en y pensant bien, que vous n’écrirez plus jamais rien tant que vous n’aurez pas – c’est le cas de le dire – accouché de cette histoire. Et tant qu’à faire, vous dites-vous, autant vous adresser directement à l’héroïne de cette histoire, Mademoiselle Zouzou, qui pourra ainsi quand elle aura 20 ans et non 20 mois comme aujourd’hui, faire dire à ses copines à qui elle racontera à son tour cette histoire : "nan, déconne !" ou encore "énoooooooorme ! l’hallu !". Et la perspective de ces commentaires, aussi profonds qu’enthousiastes, vous donne le déclic pour vous lancer :

"Ma Zouzou,

tout s’était très bien passé jusque là. J’étais arrivée à la clinique très détendue et bien sur en retard par rapport à l’heure fixée par le médecin. Sans être blasée puisque chaque naissance est unique, je me sentais forte de ma condition de récidiviste. Comme ton frère et ta soeur avant toi, tu étais en retard de plusieurs jours sur le terme et j’avais donc, tout comme pour tes ainés, rendez-vous avec la perf d’ocitocyne qui te délogerait, plus ou moins en douceur, de ta grotte à l’intérieur de moi. Et bien sur, une fois cette étape franchie, j’avais également rendez-vous avec toi. C’était évidemment ce qui m’avait fait hâter le pas ce matin là vers la clinique malgré mon apparence de cachalot. Je ne peux pas te donner le nom de cet endroit ni d’ailleurs son adresse. J’ai promis le secret et je m’y tiendrais sauf bien sur si tu as des amis Serbes. Sache juste que c’est à Paris, que c’est une clinique bénie par une Sainte (avec un "t" dans son prénom mais chut car c’est un super indice) et que c’est la clinique où sont nés non seulement ton frère et ta soeur mais aussi ta tante et moi, c’est donc un endroit auquel je suis attachée. Enfin, auquel j’étais, devrais-je dire.

Je te passe les détails mais retiens que l’on m’a donc installée dans une chambre toute neuve, que ton père était là, lui aussi relativement zen. Ils ont préparé un petit berceau pour t’accueillir, nous ont demandé le prénom à mettre sur les bracelets de naissance, nous ont regardé hésiter avec amusement, ont commencé à écrire un prénom puis ont changé pour le tien, ton père m’ayant finalement convaincue que celui là avait plus de cachet et ayant surtout regardé sur Google et constaté que tu serais forcément "canon" avec ce prénom compte tenu des diverses reines et actrices qui le portent.

Une heure et demie seulement après nous être installés, tu étais là, sur mon coeur, adorable et plus que terminée avec tes 3 jours de rab. Toute chaude, toute douce, un peu rougeaude évidemment et surtout très brune étrangement. Une bouche immense et des mains gigantesques mais sinon si petite. Voilà, tu étais là, après plus de 9 mois d’attente et j’avais bien l’intention de profiter un maximum de ces quelques jours en tête à tête avec toi avant le retour à la maison. Pour autant, j’étais assez fatiguée même si les photos prises à la maternité ne le montrent pas. Je ne m’étais pas vraiment arrêtée avant que tu n’arrives, au point que j’allais encore au travail de temps en temps 15 jours avant ta venue. Je savais d’expérience que les mois à venir seraient riches et les nuits éprouvantes et c’est pourquoi, après l’après midi passée à te regarder et à te sentir j’ai accepté la proposition de la puéricultrice de t’emmener pour la nuit à la nurserie afin que je me repose. Elle te ramènerait au petit matin. Enfin, soit disant.

Malgré la fatigue, j’ai eu du mal a m’endormir. Je me suis d’abord relevée une ou 2 fois pour aller te voir dans la nurserie, au prétexte que je t’avais entendue pleurer, enfin le croyais-je. Allongée sur mon lit je me sentais anxieuse, mal à l’aise d’être déja séparées alors que nous venions à peine de nous rencontrer. Me répétant que tout allait bien et que je devais take a rest pour être toute à toi au matin, j’ai fini par m’assoupir d’un sommeil léger, tênu.
A l’aube, la puéricultrice est entrée en coup de vent dans la chambre, poussant le berceau et assénant un "elle a faim" dit assez fort pour émerger malgré les cris de la choupette en colère qui venait d’être appelée "elle". Comme une junkie en manque, je me suis jetée sur toi, te serrant dans mes bras dans l’obscurité du petit jour, te couvrant de bisous, te disant des mots doux et combien tu m’avais manqué pendant ces quelques heures. "Elle a faim" m’avait-on dit et la logique voulait donc que je te donne à manger, enfin à boire. Je me suis assise pour te donner le sein quand une petite voix m’a arrêtée. Un je ne sais quoi qui me disait que non, qu’il ne fallait pas, une gêne bizarre et je me suis rhabillée.

Je vais d’abord te changer, ma princesse, tu seras mieux après, t’ai-je dit en essayant de te calmer et en t’enlevant ton cache-coeur, qui n’avait pas grand chose de sale. Te voilà en body, juste habillée d’un petit pantalon souple. Quelque chose m’intrigue : tu n’as plus ton bracelet. Il s’est visiblement détaché, je le vois au bout du berceau. Je le prends, ma vue se brouille et mon pouls s’accélère. Il indique "Joséphine". Je n’y comprends plus rien car c’est le prénom de ta soeur. L’étiquette sur le berceau pourtant porte ton prénom à toi. Je suis perdue. Je te regarde, j’hésite, nous ne nous connaissons pas bien encore et puis il fait nuit. Je pense à cette petite voix qui m’a dit que ta peau n’était pas la même que dans mon souvenir, que sa consistance était différente, que ton odeur avait changé, que tu n’étais pas si claire de cheveux, le tout en quelques secondes et de façon décousue, dans les brumes d’une nuit courte et hachée, entre conscience et inconscience. Je sonne, je me sens chancelante, la puéricultrice arrive, je bafouille, je lui tends le bracelet. Il a du tomber me dit-elle, rien de grave. Mais ce n’est pas celui de ma fille lui dis je, pourquoi donc est-il dans son berceau?. On a du, quelques instants dans la nuit, mettre une petite Joséphine dans ce berceau, explique t-elle. Devant mon regard égaré et méfiant, elle explique qu’elle va aller voir. Voir quoi, je ne suis pas bien sure de comprendre. Elle part. Tu t’es calmée, entre temps, et pourtant tu avais faim. Ma petite voix me reprend et me conseille de te changer jusqu’au bout. Après tout, c’est vrai, tu seras mieux les fesses au propre.

Sur ta cheville minuscule, un autre bracelet rose. J’avais oublié que chaque bébé en a deux, un au bras et un eu pied. Comme ca, au cas où. Au cas où quoi, je n’avais jamais bien su jusque là. Jusqu’à ton Inversion. Sous mes yeux qui s’embuent se dessine un prénom: Joséphine. Le même que tout à l’heure. Un autre que le tien. Celui d’une autre. D’un autre bébé. Celui d"une petite fille, qui n’est pas la mienne. La peur me prend à la gorge. Une sorte de rage aussi, qui part des tripes et qui vient de la nuit des temps, des origines de la femme. Le jour se lève à peine et je me sens devenir louve. Je sonne, je sonne, je sonne avec hystérie mais la puéricultrice est déja là. Je vois à son regard qu’elle sait déjà. Elle est allée voir, comme promis. Je ne sais quoi mais elle sait et la peur se lit dans ses yeux aussi. Mais pas la même. La peur du scandale ainsi que l’incrédulité. Devant le gigantisme de l’erreur. Pourtant improbable. Une Inversion. Sans crier, je lui montre le petit pied qui s’agite et je lui demande, en détachant les syllabes "OU-EST-MON-BÉ-BÉ ?"

A partir de là, les choses sont assez floues dans mon esprit. Tout est allé à la fois vite et lentement. Je ne sais plus bien. Des explications que j’écoute à peine : elle était seule cette nuit, elle a changé un bébé, en lui mettant des habits qui n’étaient pas les siens puis l’a reposé dans le mauvais berceau, elle a pris un autre bébé, lui a mis les vêtements qui restaient et l’a reposé dans le berceau vide. Elle était fatiguée, elle a inversé. Je la suis sans comprendre vraiment, je ne pense qu’à toi, minuscule, qui n’est pas avec moi mais quelque part avec une autre maman, laquelle peut-être entend comme moi une petite voix ou bien qui ne se rend compte de rien et te donne le sein, tranquillement. Comme je te le disais, la suite est assez vague. Je me souviens que je suis derrière la puéricultrice dans un couloir. Au bout, une chambre dont la porte est ouverte. Dans le lit, une maman qui dort. Dans un berceau, un bébé assoupi aussi. Un berceau que l’on emmène. Tu es dedans, ton bracelet l’atteste. Je te touche sans te réveiller. Je te caresse, je t’emmène avec moi. Dans notre chambre, je n’attends pas que tu te réveilles pour t’enlever ces vêtements qui ne sont pas à toi et qui me rappellent que pendant quelques minutes, quelques heures au plus, tu as été avec une autre maman.

Je ne saurais jamais si tu t’es rendue compte de quelque chose. Je ne saurais pas non plus si la famille de la petite Joséphine a réalisé qu’il y avait eu Inversion. J’ai croisé le Papa a la nurserie dans les jours qui ont suivi. On s’est regardés mais je n’ai rien dit. De peur de lui apprendre et qu’il s’inquiète. De peur aussi d’attiser encore la vague de scandale qui a secoué la clinique pendant tout le reste de notre séjour, avec chaque heure quasiment une personne différente venant me visiter pour me poser des questions plus ou moins directement: "bonjour madame, tout va bien ? vous êtes suuuuuuuuuure ?". Le directeur de la clinique nous a demandé une lettre pour tout raconter et j’imagine pour s’assurer que nous ne porterions pas plainte. La puéricultrice a été licenciée pour faute grave et j’ai été malgré tout peinée pour elle. Bizarrement, j’ai eu le sentiment que tout le personnel était soulagé de nous voir partir, comme si nous leur rappelions de mauvais souvenirs. Nous n’avons pas vraiment dit au revoir, ni a eux ni à la petite Joséphine. J’avais moi aussi hâte de partir et de quitter cet endroit , de te mettre en sécurité, chez toi.

Dans quelques mois, mon amour, ta petite cousine naitra dans cette même clinique. Les médecins y sont bons et puis ces choses là n’arrivent qu’une fois. Du haut de tes 20 mois, tu ne pourras pas venir, je crois. Mais je penserai bien fort à toi, à notre première séparation et surtout à nos premières retrouvailles, quand je lui dirai bonjour pour la première fois."

3 Commentaires

Classé dans cramouille

Le retard

On est vendredi, il est 9h00 du matin. Le métro est bondé et vous êtes en retard : vous aviez rendez-vous a 8h30.

Votre ventre est si gros que les gens vous regardent avec un mélange de pitié, de dégoût et d’émerveillement. Une réaction certainement assez proche de celle qu’avaient les badauds du 19eme siècle quand ils se rendaient au cirque des monstres : la femme à barbe, le nain manchot et les jumelles siamoises attachées par la tête.

Une vieille dame se prend d’affection pour vous et vous laisse gentiment sa place, tandis que tous les trentenaires du wagon restent bien ficelés à leur siège, "le Parisien, mieux vaut l’avoir en journal" :
- ma pauv’ dame, mais vous n’allez quand même pas au travail comme ça?, vous dit-elle d’une voix qui laisse à penser qu’elle peut appeler l’inspection du travail ET l’hôpital Saint-Anne avec un seul coup de fil si la réponse est affirmative.
- non non, lui répondez-vous de la voix souriante qu’on emploie pour parler aux octogénaires (rapport au risque d’infarctus) et en omettant de dire que vous étiez à votre poste la veille, je suis en route pour accoucher. Et je suis déjà en retard d’une demie-heure, ajoutez-vous, sous les yeux médusés de la charmante mamie, qui scrute le sol pour vérifier que vous ne venez pas de perdre les eaux.

C’est là, vous descendez et prenez le chemin de la maternité, de votre pas de pingoin tranquille. C’est un peu les poupées russes du retard : dans la maman en retard de maintenant 45 minutes, s’agite une louloute en retard de 3 jours sur le terme. Et finalement ce retard commun est votre première marque de filiation, nonobstant les 9 mois et 3 jours donc passés dans le même corps. Peut-être votre fille aura t-elle vos yeux, la (fausse) couleur rousse de vos cheveux ou votre nez mais elle a en tous cas de façon certaine votre propension a être en retard.

Et vous ne pouvez vous empêcher de ressentir une certaine complicité devant ce fait avéré ainsi qu’un peu de fierté devant le coté manifestement rebelle de votre dernière "pas encore née" qui a décidé de contredire le fait que pour le 3eme enfant "c’est SUR, on accouche plus tôt".

Sauf quand vous avez l’originalité de ne pas avoir la même gestation (mot fort sympathique, employé indifféremment pour les femmes ou les animaux et qui vous place donc au même niveau que la première vache venue) que les autres femmes. Ben non, vous, vous gardez systématiquement vos enfants PLUS que 9 mois. C’est un contrat a durée indéterminée qui se joue entre vos enfants et vous puisque vous ne savez absolument pas au bout de combien de temps vos loulous se seraient ramenés naturellement. Peut-être jamais. Faut dire que là dedans c’est l’hôtel 10 étoiles: bouffe a volonté, bercement continu, bain chaud et zéro souci. Au point que votre aîné, qui, déjà précoce, faisait certainement une crise oedipienne pré naissance, avait joué les prolongations pendant 5 jours avant qu’on vienne le déloger.

Bref, vous êtes donc en retard. Votre fille aussi. Peut-être vous fera t-elle une mega crise d’adolescence "totale révolte" avec prise de position anarchiste, jupe ras la foune et fumage illicite, mais vous avez au moins sur la notion du temps un premier terrain d’entente. En espérant que ce ne soit que ca et que le malaise ne soit pas plus profond. A quelques pas de la maternité, vous avez soudain une montée d’angoisse, non pas sur l’accouchement (c’est le 3ème et vous êtes assez zen) mais en pensant que votre fille a peut-être hérité d’une de vos pathologies : celle de l’angoisse du temps qui passe. Un stress dont vous êtes aujourd’hui (a peu près) guérie) mais que vous aviez très fort, petite.

Au point de refuser d’apprendre l’heure avant 12 ans et d’avoir le coeur serré au moindre bruit de tic tac et ce donc bien avant le fameux "tick tick tick that’s the sound of your life running out" de Jordan Chase dans Dexter. Vous aviez même saboté l’horloge de vos parents avec un vieux chewing-gum mâché afin qu’elle ne sonne plus, tellement ce rappel sonore vous rendait nerveuse.

On est vendredi. Il est 10h00. Vous êtes en retard. Votre fille aussi. Et vous la remerciez secrètement pour avoir décidé de ne pas faire comme tout le monde, pour avoir décrété que 9 mois c’est "so déjà-vu", pour avoir joué les coquettes en se donnant quelques jours de finition et pour le rab de corps corps de ces 3 jours. Voilà, c’est là. Vous n’êtes pas à l’heure mais votre rendez-vous vous attend encore, n’est pas parti en claquant la porte. Votre rendez-vous, c’est Elle. Dans la salle d’accouchement trône au mur une énorme pendule. Et pour la première fois peut-être de vos 35 balais, son bruit vous rassure et vous berce. C’est celui de la certitude qu’Elle sera bientôt là, à l’heure. La sienne.

Un commentaire

Classé dans cramouille

L’Annonce faite à ….

Vous vous réveillez un matin, très précisement ce matin en fait, et vous réalisez que vous n’êtes pas du tout au début du sixième mais du septième mois.

Outre le fait qu’il est possible que le personnel de bord refuse de vous faire monter dans l’avion (vous êtes actuellement en Turquie où vous re apprenez à ne rien faire), votre vraie prise de conscience va a votre bide arrondi que seule une pastèque aux OGM pourrait concurrencer, tant la proéminence est avérée. A dire vrai, il vous serait possible d’oublier de mettre une culotte et de ne pas vous en rendre compte puisque votre abdomen cache tout ce qui est en dessous du nombril.

Vous me direz, tout le monde vit a moitié nu dans ce Club (Nouvelles Frontières, moitié moins cher que le Club Med pour info et 80% aussi bien), y compris des Russes ventripotents qui se pintent à la bière aux alentours de 10h du mat (le genre de personne que l’on croise certes moins au Club Med), ce qui a pour effet de vous donner le sentiment d’être finalement aussi légère qu’une libellule anorexique.

Bref, en dehors de vos réflexions ethnologiques, votre cerveau est essentiellement accaparé par la découverte du fait que Babichette sera là très bientôt. Dans 3 mois en fait.
Et contrairement au Ploutch et la Louloute, baby 3 n’a jusqu’ici pas eu une ligne sur ce blog. Pas ca. Nada. Pourtant, les réactions qui ont suivi l’Annonce de sa venue, mériteraient un roman à elles seules. Enfin, au moins une nouvelle.

Une nouvelle que, de votre côté, vous avez souhaitée très fort. Comme le glas d’une période pourrie de 2 ans où tout est parti à vaut l’eau au point de vous couper l’envie d’écrire le moindre mot. Un long jeùne d’écriture pour éviter de raconter des choses aussi larmoyantes que finalement dénuées d’interêt. Pour la faire courte, Darling et vous avez décidé un matin qu’il suffisait, que la déprime était finalement une question d’état d’esprit, que le ciel avait repris du bleu et qu’il serait chouette d’en faire profiter un 3eme baby larron. Ardemment désiré donc.

Toute à votre joie, vous décidez de partager très tôt votre bonheur en commenant par vos beaux-parents, à l’occasion du déjeuner dominical, lequel a généralement lieu le samedi. Vous imaginez déjà la liesse que ne manquera pas de provoquer l’Annonce de cette future naissance, notamment parce que vos 2 aînés sont complètement adulés par leurs grands-parents et que l’idée d’un 3ème du même ordre devrait les mettre en transes. Les grands-parents, pas les aînés (lesquels au moment de ce fameux déjeuner ne sont d’une part au courant de rien et d’autre part déjà naturellement en transes, étant sur le modèle Duracel).

Ne sachant comment aborder le sujet et souhaitant ménager le père et la mère du géniteur de baby 3 (dans la mesure où trop de joie d’un coup peut être dangereux), vous lancez, l’air de rien: "Et vous, quand vous avez eu 40 ans, il s’est passé quoi dans votre vie ? " (le rapport étant que Darling sera quadra au moment de la naissance).
Et les parents de votre époux de se lancer dans le récit incroyablement fourni d’une série de décés intervenus inopinément parmi leurs amis alors que Monsieur fétait ses 40 bougies. Quelques divorces également arrivés autour d’eux à cette époque. Sans compter le premier infractus de votre beau père qui, bientôt, l’amènerait un quintuple pontage. La litanie est infinie et vous devenez nerveuse. Darling aussi, au point que vous partez tous les deux dans un fou-rire libérateur mais complètement inaproprié compte tenu de ce qui vous est raconté.

Heureusement, en face, personne ne se vexe et on s’étonne enfin de votre question du départ. Heureuse d’arriver enfin au VRAI sujet et heureuse tout court de la phrase qui va suivre, vous faites enfin THE annonce: "pour ses 40 ans, votre fils sera de nouveau Papa ! ". MazelTov ! affirme votre beau-père mais votre belle-mère ne se prononce pas sur la qualité de la nouvelle et enchaîne tout de go sur une question d’ordre pratique "tu ne voudrais pas être mère porteuse ? "

Complètement sonnée par cette demande, résolument incapable de penser à autre chose qu’à la sensation bizarre de vivre un épisode de décalage temporel, vous tentez de vous concentrer sur l’incroyable couleur verte des petits pois de votre assiette. Vous essayez de les compter mais c’est dingue ce qu’un petit pois ressemble à un autre. Finalement, vous ne trouvez rien d’autre à faire que de répondre, comme si on vous avait demandé "du sucre dans votre café ? ", "heu…non merci".

Choux blanc total donc par rapport a l’effet escompté et, rapidement, la conversation s’engage sur d’autres sujets. Vous êtes tellement déçue que vous mettez quelques heures avant d’être énervée : vous êtes déjà dans le taxi qui vous ramène chez vous au moment oû le début de la moutarde vous arrive au nez. Entre le choux et la moutarde, autant vous dire que le diner vous reste sur l’estomac.

Le lendemain, dimanche, Darling et vous convenez d’appeler vos parents avec l’idée que ce serait injuste d’attendre 15 jours et leur retour de vacances avant de les faire profiter du scoop du moment. Avec l’idée aussi que la retraite n’apporte pas tant de joies que ça et que celle que vous leur réservez devrait les alimenter pour quelques mois. Comme presque systématiquement, vous tombez sur votre mère et lui demandez de mettre le haut-parleur, compte tenu du fait que vous avez quelque chose lui dire dont vous souhaiteriez galement faire profiter votre père.

Après quelques minutes d’attente – il faut bien ça pour trouver ses lunettes, élément indispensable pour repérer le symbole "haut-parleur", puis appeler le Pater Familias – vous lancez tout de go et quelque peu nerveuse (le jour où vous aviez annoncé à votre mère l’arrivée du Ploutch, elle vous avait répondu du tac au tac "j’ai tout d’un coup le sentiment d’avoir un pied dans la tombe"), la raison de votre grand bonheur du moment. Le silence qui suit vous fait vous demander une seconde si il est possible d’avoir des rhumatismes à la bouche et si les pompiers se déplaceraient pour ça en cas d’alerte de votre part. Mais vous êtes vite rassurée sur le fait que votre mère ne souffre pas de paralysie faciale quand vous l’entendez demander "heu c’est un accident ? "

Malheureusement, vous êtes à ce moment là trop estomaquée pour vous lancer dans un cours sur la contraception, sa vie son oeuvre où pour lui rappeler le temps où, en mai 68, elle se battait, dans un pantalon pattes d’eph, paraît-il rose, avec des milliers d’autres jeunes, pour que soit reconnu, entre autres, le droit à l’avortement et plus généralement le droit à une conception contrôlée de la conception. Aujourd’hui, en 2010, et depuis quelques années déjà, il se trouve que le contrôle des naissances est désormais possible, faudrait-il lui rappeler.

Vous manquez d’à propos certes mais vous êtes surtout occupée à vous demander si vous devez en conclure que votre mère a) vous estime trop pure pour savoir "comment on fait les bébés", même si c’est le 3ème ou b) en déduire qu’elle vous juge parfaitement inconsciente compte tenu du surpeuplement de la planête et de l’extinction des baleines. Vous aimeriez lui répondre par pure provocation qu’effectivement Darling s’est raté sur le retrait mais comme vous avez légèrement évolué depuis l’époque où vous faisiez le mur pour aller voir le film The Doors après avoir traversé la campagne en Solex, vous laissez tomber cette réplique adolescente et répondez, comme si on vous avait demandé " t’as pris froid à cause de la clim ? ", "non, non".

Il va sans dire que la conversation tourne court et que vous auriez échoué au Grand Concours de l’Amabilité à cause de la façon dont vous ne dîtes pas au revoir. Mais, surprise, 1 heure plus tard, votre chère Maman vous rappelle, certainement embêtée de sa réaction et, vous dîtes-vous, forcément gênée de ne vous avoir pas congratulée, et vous déclare "Tu sais je me dis que tu vas avoir 35 ans et que plus on vieillit, moins c’est facile d’avoir des enfants. Vous avez donc peut-être bien fait". Oubliant de la remercier pour ce gentil rappel des années qui passent, vous raccrochez en omettant de nouveau de la saluer.

Vous passez une fin de week-end légèrement morose, à vous demander si vous devez mettre ces réactions sur le compte de la maladresse ou des prémices de la sénilité. A dire vrai, vous n’avez toujours pas trouvé réponse a cette question alors même que l’arrivée de Babichette est désormais imminente (ce post a été écrit en plusieurs mois). Ce qui est sur, c’est que ces vilaines phrases ont rendu plus compliqué le fait de prendre le clavier pour fêter via mots cette adorable minette qui est en vous.

Ce qui est certain aussi, minie Madame que je sens bouger sous ma main, c’est que tu étais désirée avant même le soir de ta conception (laquelle s’est faite en totale lucidité, sans drogue, sans alcool et pour le reste des détails, tu es trop jeune pour savoir) et que, à défaut d’avoir été beaucoup félicités par la famille proche, ton père et moi sommes dans une complète félicité depuis que tu t’annonces. Alors raboule ta fraise très vite et achète moi un rouleau de Chaterton pour le jour où, sur le point d’être Maman à ton tour, tu me feras toi aussi l’Annonce.

7 Commentaires

Classé dans cramouille

Le tiroir

Ces derniers temps, vous êtes particulièrement sensible à la notion de tolérance ou plus exactement à son contraire. Au départ, vos sujets d’étude étaient essentiellement vos parents et beaux-parents, avec un focus particulier sur les spécimen de sexe masculin. De votre père qui, en vieillissant devient de plus en plus misanthrope (les cons plus que jamais peuplent la terre au point que l’adjectif vaut désormais pour l’être humain) à votre beau-père qui s’arc boute sur des dysfonctionnements d’importance : « QUI a ouvert le tiroir et ne l’a pas refermé ? ». L’un et l’autre étant des personnages, votre étude est restée relativement superficielle se bornant à imaginer des mash up de dialogues, relativement poussés, du genre « quel est le Con qui n’a pas refermé le tiroir ? »

Mais dernièrement, vous avez pu constater que, corollairement à vos premières rides, l’intolérance vous guettait également. En général et au sein de votre propre foyer. Vous vous êtes surprise à devenir très critique sur un mode assez proche de la génération du dessus. Le premier constat qui s’est imposé est que le « Qui ? » est finalement une formule de politesse. Dans le sens où quand vous dîtes « Qui a joué à la console jusqu’à 2 heures du mat et a laissé trainer ses chaussettes ? » vous connaissez évidemment la réponse puisque Loulou et Louloute dorment généralement à une heure aussi avancée et ne chaussent pas du 40. Le mode interrogatif n’étant finalement qu’un moyen d’éviter l’attaque frontale.

Attaque frontale, qui après 5 ans de mariage, devient beaucoup plus fréquente. Et il faut bien avouer que les clichés vous guettent, le premier d’entre tous étant la tendance à considérer que le problème du tiroir vient forcément de l’Autre et que vous êtes aussi blanche qu’une colombe passée à la craie. Ne pas reconnaitre vos torts est devenu votre sport national sachant que, dans le même temps, vous excellez dans le passage de Darling au détecteur de défauts. En même temps, soyons clairs, vous êtes quasi parfaite, le « quasi » étant justifié par des broutilles comme ne jamais ouvrir l’opercule des bouteilles de lait en entier tout en sachant que Darling s’énervera que le morceau d’aluminium empêche de revisser le bouchon. Et que vous recommencerez certainement la fois d’après puisque vous êtes presque aussi têtue que de mauvaise foi.

Pour autant, vous savez que si les gens s’épousent pour un ou deux détails, ils se séparent à peu près pour les mêmes raisons. C’est-à-dire globalement aucune, à part ces petits rien qui deviennent facilement des petits tout, des tiroirs remplis d’opercules d’aluminium. Après l’euphorie des mariages, l’hystérie des naissances, les gens autour de vous se séparent beaucoup ces derniers temps. Rien à voir avec vous si ce n’est le miroir qu’ils renvoient, un miroir par définition réfléchissant et, qu’on le veuille ou non, qui oblige à réfléchir. En l’occurrence à réfléchir au fait qu’il y a une certaine malhonnêteté intellectuelle à scruter l’Autre dans ce qu’il peut avoir d’agaçant si vous n’avez pas, au préalable, fait l’état des lieux complet de ce qui vous rend horripilante.

C’est ce à quoi vous vous êtes attachée dans le cadre de votre étude sur l’intolérance et force est de constater que ce n’est pas un appartement que vous avez mais un palace tant le détecteur de défauts finalement appliqué à vous-même ne cesse de bipper. Au point que, pour échapper à ce bruit désagréable, vous ne rêvez plus que d’une chose : vous pelotonner dans un tiroir avec Darling, ses chaussettes et vos bouteilles de lait. Sachant que, finalement, vous vous contrefoutez de savoir s’il est ouvert ou fermé, ce putain de tiroir. Ce qui compte c’est que vous y êtes drôlement bien. En fait.

5 Commentaires

Classé dans Post Ploutch

La chaussure verte

Si vous avez récemment compris quelque chose, c’est que votre mère devait savoir depuis votre âge le plus tendre que vous vous allongeriez plus tard sur un divan quelconque, pas pour y taper un somme mais pour endormir le psy avec des histoires d’enfance, somme toute plutôt heureuse.

Pour autant votre mère n’a rien d’un oracle. C’est juste qu’il y a un moment où, en tant que mère, on se dit, sans même avoir eu besoin d’étudier à Poudlard, que les choses ont peut-être ripé. Et c’est ce que vous vous êtes dit dernièrement concernant Loulou.

Avant de rentrer dans les détails des mésaventures de votre aîné, vous tenez à faire une apostrophe: "eh toi, éventuel lecteur agent de la DDASS, si tu vas plus loin dans ce post, reste cool, ne t’énerve pas les poils des jambes !" (désolée, vous écrivez ce billet de Montréal et il se peut donc que cela transparaisse dans certaines expressions).

Donc tout commence le soir de votre anniversaire. Vous avez 34 ans et c’est formidable puisque vous pensiez en avoir 35 et avez donc gagné un an, tout en en prenant un, même si votre mère – la fameuse – vous dirait que çà se discute puisque vous avez certes 34 ans mais que vous rentrez dans votre 35ème année (réinterprétation : il est peut-être temps de s’inscrire au Power Plate).

Darling a organisé une soirée vraiment surprise – celle là vous ne l’aviez pas vue venir – jusqu’à ce que votre belle sœur vous dise une semaine avant "alors, t’es contente pour ta soirée de samedi prochain où il y aura tous tes amis même ceux que tu n’as pas vus depuis des lustres, même pas trop tard puisque les gens seront là vers 19h30 ?".

Vous êtes donc ravie. Jusqu’au drame. Loulou et Louloute n’arrivent pas à dormir. Trop de musique et puis c’est la fête. Ils rappliquent dans le salon et se jettent dans vos bras. Ou presque puisque Loulou, lui, se jette sur votre cigarette. On sent l’odeur du cochon brûlé. Vous vous momifiez et Loulou se met à vibrer tout seul autant que 10 machines Power Plate réunies.

Démomifiée par ses hurlements, vous saisissez votre petit bonhomme et révisez en accéléré vos 12 ans d’études de médecine non faites. Saisie d’une illumination, vous faites un stop à la cuisine, attrapez la bouteille de vinaigre et en appliquez une bonne dose sur la brûlure de Babichou. Lequel vous regarde avec toute l’incompréhension du monde et se met à hurler de façon beaucoup plus efficace que tout ce que Rick O’Connell aurait pu inventer pour réveiller ses Momies 1, 2 et 3. Et pourtant vous avez pris du vinaigre de framboise pour que ça ne sente pas trop mauvais. Vous êtes atterrée, horrifiée, coupable. Après un tartinage généreux en Biafine, un milliard de bisous à Loulouchou, vous finissez de noyer votre honte, telle Sue Ellen, dans l’alcool et allumez une cigarette. Tabarnaque !

Quelques semaines plus tard, c’est Loulou qui se tape un an de plus. Lui, il est content parce que dit-il, il est devenu fort comme Spiderman. Sauf que Spiderman n’embaume pas le vinaigre mais ca vous ne lui dites pas. Comme vous voulez être une maman exemplaire, vous programmez 4 fêtes: entre nous, avec les grands parents, gouter d’enfants à  la maison, fête à l’école.Vous réussissez les 3 premières avec brio mais ce dernier vous lâche à la 4ème. Vous zappez la date et vous rendez compte la veille à 23 heures de votre oubli. Prenant à peine votre manteau, vous courrez à l’épicerie du coin afin d’acheter in extremis de quoi se sucrer le bec: bonbons, quatre-quart industriel, jus d’orange etc…

Ouf, Michelle, sa Cerbère d’institutrice ne pourra pas vous lancer de regard courroucé parce que vous êtes venue sans gouter d’anniversaire pour un goûter d’anniversaire. Sauf que le gâteau n’a jamais été distribué et que votre descendance a soufflé ses bougies sur des bonbons Krema. Le quatre-quart industriel (qui aurait dû être fait maison), était périmé depuis la veille, vous a expliqué la Michelle avec beaucoup de mépris et en chuchotant pour ne pas que Loulou l’entende. A lui elle avait expliqué que comme le gâteau était trop long, elle ne pouvait pas le découper. C’est un peu prendre Spiderman pour un niaiseux, mais vous n’étiez pas en position de faire la taiseuse. Même si la Michelle se pète un peu les bretelles, vous avez encore été très forte sur ce coup là. Et le pire du pire, c’est que vous l’aviez vue la date, quelques minutes avant l’école, mais que vous avez pensé qu’un gâteau périmé c’était quand même mieux que rien. Ce qui globalement, si on pense aux Favelas,est complètement défendable.

Les semaines passent et votre voyage au Canada approche. Darling et tous vos amis (venus par surprise) vous on offert un aller et retour pour Montréal et par la même occasion un séjour entre girls. Vous vous asseyez dans l’avion et passez un coup de fil au père de vos enfants pour qu’il vous assure que la visite de Loulou chez le pédiatre s’est bien passée et que concernant son doigt enflé, l’affaire est ketchup. Au moment où les portes de l’avion se ferment, Darling vous annonce que Petit Brûlé doit aller à l’hôpital subir une anesthésie générale pour lui nettoyer son ongle incarné. Qu’il passera donc la nuit à l’hôpital. Qu’il fera tout ça sans que sa Maman ne soit là. Et que Monsieur Gâteau Périmé sera le seul dans ce cas là de tout l’hôpital puisque tous les autres enfants ont leur Maman, eux.

Le voyage dure 6 heures. Vous pleurez environ pendant les trois quart du vol. Vous n’avez jamais eu si peu peur en avion et ça n’a rien a voir avec le Lexomil. Vous vous dîtes qu’il y aura peut-être un crash spécial Eradiquation des Mères Indignes et que ce sera tant mieux pour tout le monde. Et ça vous refait pleurer. Votre mascara coule. Et vous vous dites qu’en plus d’avoir une Maman nullissime, Loulou aura désormais aussi une Maman moche. Et ça vous refait pleurer.

Après quelques heures de ce jeu là, vous finissez par vous calmer et vous terminez le voyage en regardant le dessin que Babichou vous a donné avant de partir : c’est un dessin de vous. Vous y êtes toute verte et avez un seul pied avec une très grande chaussure. Vous en concluez que vous n’êtes peut-être pas parfaite aux yeux de votre fils mais que, au moins, il s’imagine que vous courez vite. Et peut-être que, si on est la Maman de Spiderman, les super pouvoirs, c’est finalement plus important que tout.

7 Commentaires

Classé dans Post Ploutch

La confusion

(Post de cet été, posté avec 6 mois de retard. Rapport à la confusion.)

On va dire que la période est confuse. A tous points de vue. Ou presque.
L’approche de septembre vous a toujours rendue entre chien et loup, du moins est-ce la façon la plus claire que vous ayez trouvée pour qualifier cet état bizarre que l’idée de "rentrée" a toujours généré en vous. Un peu d’angoisse, beaucoup de questions existentielles et autres billevesées. Une sorte d’état hybride plutôt inconfortable mais certainement nécessaire. Un peu comme un lavement avant de s’empiffrer, l’hiver.

On le voit, vous n’avez pas la tête au romantisme. Et autant dire que cela vous est reproché. Mais en toutes choses vous avez toujours été excessive. Et du coup vous ne savez pas aller "un peu mal". Avec vous c’est tout de suite Katrina (au minimum) et autant dire que cela vous est reproché (bis). Bref, on peut dire que les reproches ont été la chose la moins floue de ces vacances. Car pour le reste, Dame Confusion, à défaut de Confucius, à été votre Maître à penser.

Tout d’abord, Darling a attrapé une maladie curieuse qui l’a terrassé et que aucun médecin n’a pu identifier puisque la médecine, chacun le sait, n’est pas une science exacte. 8 kilos en moins plus tard votre cher et tendre est toujours dans le flou quant à son mal. Adepte de la méthode Coué, vous positivez en vous disant que vous n’allez pas avoir besoin de vous creuser la tête pour lui trouver son cadeau d’anniversaire: une ceinture fera l’affaire pour tenir son falzar désormais hagard.

Ensuite, force est de constater que vous avez été prise de dyslexie animalière. Une pathologie non encore répertoriée par le corps médical mais qui contrairement à celle de Darling ne vous a pas rendue plus svelte (tant mieux, car votre anniversaire n’est que dans 6 mois). Successivement, vous vous ête ébahie devant un âne, imitant avec beaucoup de conviction pour Louloute le bruit caractéristique de cet animal, qui s’est avéré être un poney.
A peine quelques jours plus tard, vous êtes devenue hystérique au Cirque au moment de l’arrivée d’un éléphanteau qui, à la lumière, s’est révélé être un superbe tigre blanc. WAOOOOOOOOUH, Doudouche (oui, vous donnez souvent des noms ridicules à vos enfants), regaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarde comme il a de graaaaaaaandes oreilles! La Doudouche en question de vous toiser avec ses billes noisette, limite traumatisée par l’analphabétisme faunier (pour "relatif à la faune") de sa mère et cherchant désespérement les graaaaaaandes oreilles du fauve. Au point de rester muette quand on lui a demandé ensuite si c’était bien, le Cirque.

Pour continuer dans la série "tout est confus, je perds mes repères", votre fils vous a pris de court en matière de sexualité. Agé de 3 ans, vous pensiez avoir le temps avant de constater que quoi que ce soit puisse le mettre en émoi, sexuellement parlant j’entends. Avec ses bouclettes et sa gueule d’ange, Loulou était jusque là le prototype du fils idéal, malgré quelques défauts certains comme son coté tête de noeud sponsorisé de surcroît par Duracel. Mais il vous semblait normal. Jusqu’à cet après midi où il vous a particulièrement inquiétée: vous n’aviez en effet jamais imaginé que l’on puisse bander sous l’effet d’un épisode de Barbapapa. Aussi étonnée que si vous aviez vu Bernadette Soubirous rentrer dans la pièce, vous vous êtes figée, les yeux rivés sur sa mini bite, mini dressée, avec en toile de fond la délicieuse chanson "Voici venir les Barbapapas, lala lala" et Loulou de crier "Maman, Maman, j’ai mon zizi tout droit!". D’un bond levée, vous avez accouru, armée d’un coussin, prête à vous jeter sur le nano membre comme si il s’était s’agit d’un incendie. Simplement entre temps, Loulou, tétanisé par la disparition de Lulue, le chien de Barbidou avait subi une baisse totale d’ardeur.

Du coup, ne sachant que faire avec votre coussin et n’ayant plus complètement votre tête, vous l’avez mis dans votre dos sous votre T-shirt et vous êtes mise à barrir en faisant le tour de la pièce. Ce qui a réveillé Darling qui est donc venu aux nouvelles et a qui vous avez, en toute logique, expliqué que vous étiez en train d’imiter un ours polaire. Ce qui a fait pleurer Louloute, définitivement honteuse de sa génitrice, et provoqué une nouvelle crise gastrique aiguë chez Darling. Vous avez alors appelé les urgences en pensant appeler votre mère. Ou l’inverse. Il faut avouer que c’est assez confus.

7 Commentaires

Classé dans Louloute, Post Ploutch

Live from the Club Med

Beldi, Turquie. Sa plage, ses piscines, ses montagnes, ses bars, son restau, sa plage, ses piscines….une histoire de boucle à l’intérieur d’un enclos, pardon d’un Village, un Village du Club Med.
L’endroit où vous aviez toujours juré de ne jamais mettre un pied, entre autres parce que vous avez toujours eu un penchant claustrophobe et que le vase clos n’a jamais été votre fort, tant il vous fait penser à ce pauvre Clovis et à son vase cassé. Rien à voir entre Beldi et Soissons diriez-vous mais là n’est pas tant la question.

La question, c’est que vous êtes là, au Club Med de Beldi, Turquie, que vous rentrez demain, et que vous n’en aurez absolument rien vu, de la Turquie. Ce qui est exactement la raison pour laquelle vous aviez juré de ne jamais fréquenter le gang des Tridents, ne pouvant concevoir d’habiter un pays et de n’en rien voir. Vous me direz, l’ensemble des pays européens snobent la Turquie, il doit bien y avoir une raison.

Pour rendre à César ce qui lui appartient (et laisser ce pauvre Clovis 5 mn), vous avez eu au moins la chance de rencontrer des Turcs, puisque l’ensemble du personnel du Club Med est local, le Club y tenant particulièrement, histoire de faire marcher l’économie locale. Et de profiter du cout également local de la main d’œuvre par la même occasion. Des gens très sympas, ces Turcs, même si il faut bien reconnaitre que vous n’avez pas non plus découvert la Turquie grâce aux indigènes du coin, puisque le séjour prenant fin, vous ne savez pas même dire "merci" dans la langue du bled. En même temps, ce n’est pas un mot qui sert beaucoup.

Vous n’avez jamais vu autant de bouffe en un seul endroit. Avec des plats de tous les coins du monde. Même de Turquie, c’est dire. A midi comme le soir, vous pouvez manger jusqu’à plus soif, goûter de tout, à volonté, jusqu’à vous faire péter la panse. Et si jamais vous culpabilisez, il y a toujours un transat pas trop loin sur lequel aller réfléchir aux différents sports que vous pratiquerez, à la rentrée. Non ce qui est vraiment dur, c’est de voir cet afflux de victuailles, renouvelé pour chaque repas, préparé avec gout et qui sera certainement pour partie jeté tant il y en a. Ce gâchis, vous écœure, au point que, généralement, il vous est impossible de finir votre assiette, c’est dire.

Au delà du buffet, le réel avantage du Club c’est la prise en charge des enfants, que vous pouvez ne pas voir de la journée. Il faut mettre le prix mais le luxe s’achète. 9h00 – 17h00 puis 19h00 – 21h00, bye-bye les nains. Direction le Petit Club et le Baby Club. Pendant ce temps, les parents peuvent aller faire l’amour tranquille dans leur chambre, faire le toast sur les transats et, globalement, profiter de la plage, des piscines, des bars, du restau, de la plage, des piscines …tout en réfléchissant aux différentes choses sympas à faire avec les enfants, à la rentrée. Et puis au moins, les enfants ne perdent pas le rythme de l’école et ça c’est bien, ça évite trop de relâche.

Pour les hommes, noter une attraction qui n’est dans aucune brochure du Club. La MILF pool, ou piscine des Mothers I’d like to fuck. Tout un concept. En gros, c’est une piscine comme vous et moi, sauf que vous avez autour une forte concentration de nanas ayant su rester mega bandantes, malgré les diverses maternités. Dixit Darling himself mais vous ne pouvez qu’acquiescer. Pas parce qu’il a eu la politesse de vous inclure dans le lot, mais parce que vous n’avez besoin de lunettes que pour voir de loin. Et que de près, les femmes en question, sont effectivement sans peur et sans reproche. Du coup, sans mauvais jeu de mot, la MILF pool est votre honey pot quotidien. Grâce à Darling, qui a parfois la délicatesse d’un mammouth obèse, vous connaissez le socio-type de toutes les MILF du coin, de la MILF-italienne-triste, à la MILF-visiblement-délaissée-par-son-mari en passant par la MILF-tellement-bien-conservée-que-ce-n’est-pas-possible-que-ce-soit-VRAIMENT-ses-enfants.

Si il fallait résumer, le Club Med est l’endroit idéal pour rester entre européens, cultiver une certaine inculture, une nonchalance toute romaine, tous à moitié nus avec, à portée de main, des vivres en abondance. On peut y mater à loisir, sans les enfants dans les pattes pour dire "eh Papa, on va jouer aux pirates" juste au moment de l’heure de pointe de la MILF pool, ce qui est quand même VRAIMENT appréciable.

Bon voilà, vous l’avez crachée, votre bile cynique. Et puisque c’est fait, il est temps de dire la vérité: vous avez passé une bonne semaine parce que vase clos, gâchis et MILF ne vous ont pas empêchée d’avoir du temps, votre luxe à vous. Du temps à 2 pour se retrouver un peu, du temps avec les enfants que vous avez finalement très peu confiés au Mini Club même si il s’y éclataient bien et surtout du temps pour vous. Des moments où l’on ne sait pas ce que l’on fait après. Où rien n’est prévu. Juste du temps. Et rien que pour ça il se peut que ce ne soit pas fini entre le Club Med et vous.

3 Commentaires

Classé dans Louloute, Pointillés, Post Ploutch