La conductivité miasmique
Sunday 13 April 2008
Un des points sur lesquels s’accordent à peu près tous les parents (mis à part ceux qui vivent dans le déni total) c’est que globalement les enfants c’est fatiguant. Le boulot aussi, certes. Et parfois même Darling, même si il faut aussi reconnaître qu’il pourrait prétendre à la canonisation, à laquelle il ne postule pas uniquement parce que le Pape manque un chouilla d’ouverture d’esprit. Enfin, c’est un autre débat.
Ce qu’il y a de fatiguant dans les enfants, c’est leur propension appuyée à avoir besoin de vous. Tout le temps. Et sans aucune considération pour vos nuits ou le fait que vous avez 3 Marie-Claire en retard (février, mars, avril) ou que vous avez regardé Friday Night Lights jusqu’à 2 heures du mat. Ce qu’il y a de fatiguant chez les enfants c’est aussi qu’ils sont très fortement conductibles, notamment aux miasmes, et que par conséquent ils se les passent, vous les passent, alors qu’il n’y a qu’à regarder nos amis touristes japonais pour voir que le port du masque hygiénique se généralise.Vous vous étonnez d’ailleurs qu’il n’en existe pas encore imprimés à l’effigie de Babar ou de cette conne de Dora (vous exécrez Dora pour des raisons encore inconnues qui mériteraient certainement un stop sur le canapé de l’analyste).
Bref, vos enfants n’ayant pas encore adopté le masque ni le gel antibactérien, ni la technique du slalom entre les microbes, technique qui nécessite la maîtrise du skate-board que vous ne leur avez pas encore acheté, ça n’a pas loupé. Alors que vous étiez tranquillement en train de dormir, vous avez été réveillée par des hurlements. Babichou vous appelait. Sautant du lit avec toute la grâce d’un mammouth en tutu, vous vous êtes précipitée à son chevet. Pour recevoir une gerbe de vomi bien sentie et particulièrement dynamique malgré l’heure avancée de la nuit. Stoïque, vous l’avez nettoyé, rassuré, bichonné malgré son odeur de vieux soulard malade et pris dans votre lit pour mieux veiller sur lui. Darling, pendant ce temps là bien au chaud à Paris, était certainement en train de faire son rêve de super héros préféré. A peine endormie et suffoquant à moitié sous les relents de l’haleine de Babichou, voila t’y pas (la scène avait lieu en Picardie) que Louloute se met à hurler.
D’un bond levée, avec la légèreté d’un Tyrannosaure ayant mangé le mammouth pré cité, vous filez au chevet de votre fille. Qui vous accueille d’une envolée de dégueuli, qui ne doit pas être la première de la nuit étant donné la croûte qui la recouvre comme un vieux pâté. Amis de la poésie, bonjour, vous dites vous en constatant que c’est déjà l’aube. Vous la lavez, vous la consolez et vous l’emmenez dans votre lit pour mieux la surveiller et constater que 2 enfants vomissant sentent effectivement plus mauvais que le vieux chien pouilleux de vos parents pourtant capable de faire tomber n’importe quel invité dans les vapes tant son souffle est fétide.
Vous passez les quelques heures restant de la nuit à compter les coups de pied reçus de votre progéniture, un coup à droite et l’autre à gauche, essayant de respirer dans votre lit transformé en véritable bauge, notamment après que l’un et l’autre se soient coup sur coup réveillés en rendant corps et âme le peu qu’il leur restait à rendre. Sur vous de préférence.
Vous passez la matinée à faire des lessives à 90°. Vous arrêtez très vite de prendre une douche à chaque attaque chimique liquide menée par l’un des deux, rapport à l’eau qui est considérée comme le nouvel or bleu de la planète, attendant d’avoir comme une seconde peau de matière avant de prendre finalement le karcher. Tout en faisant votre Cosette, vous pensez aux nuits blanches d’Avant, dues à un déhanchement sur le dance floor et à votre lit dans lequel vous ne pourrez plus jamais faire de galipettes par crainte de faire remonter du sommier des relents de vieille purée digérée. Vous êtes épuisée et envisagez de partir en thalasso illico.
Vous rentrez à la capitale, en vous sentant au mieux de votre féminité, de votre forme et de votre odeur. Vous rêvez d’une nuit de 14 heures et de l’invention d’une nouvelle machine à laver dans laquelle les enfants pourraient aller sans y laisser leur vie ni foutre en l’air la machine. Vous ouvrez la porte de chez vous, les 2 loupiots sous le bras. L’appart a visiblement été envahi depuis votre départ par une armée de geeks hystériques: consoles de jeux avec fils qui dépassent, chaussettes échouées, paquets de petits écoliers éventrés, chinois en barquette, coca débullé, toutes lumières allumées. Vous êtes sur le point d’appeler un avocat après avoir fondu en larmes à moins que vous ne vous mettiez à hurler qu’une bande de phacochères a pénétré dans vos appartements. Mais vous êtes trop fatiguée. Et puis vous n’en avez pas le temps parce que, du fin fond de l’appart, une voix vous interpelle plaintivement: “chérie, je crois que je suis malaaaaaaaaade, t’aurais pas du Primperan ?”
PS: spéciale dédicace à une pouiquette qui
ne pourra pas lire ce post.


